Sciences Humaines

François-Xavier BELLAMY (2018), Demeure, Pour échapper à l'ère du mouvement perpétuel, Grasset (271 pages) 

À la question posée par Saint-Exupery « Que faut-il dire aux Hommes ? », Bellamy nous entraîne dans ce livre magnifique, à réfléchir : Ce qui rend possible le mouvement de toute une vie, c’est toujours ce qui demeure. Nous avons droit à une vie intérieure allant à l’envers des modes d’aujourd’hui. Aller de l’avant dans le mouvement mais dans quelle direction ? Notre fascination pour le mouvement permanent nous fait oublier que peut-être l’essentiel de nos existences réside dans ce qui est reçu et transmis. Culture, héritage, religion ne sont vus que comme des obstacles à notre liberté individuelle revendiquée de manière effrénée. Donner du sens à une vie, ce qui est le plus nécessaire à l’Homme, n’est-il pas la demeure, tant pour le corps, le toit / l’abri, que pour l‘âme, savoir regarder la beauté de la nature par la création artistique sous toutes ses formes ? « Ce qui est simplement nécessaire à l’homme, dépasse de très loin, la simple satisfaction de ses besoins. Il ne suffit pas que le corps soit à l’abri ; l’âme aussi a ses droits » écrit-il.

 

(Pêche d'Élisabeth BILLIOQUE / 4 avril 2020)

Miguel BENASAYAG (2019), La tyrannie des algorithmes, Textuel, (94 pages)

"L'intelligence artificielle" (IA) dont on nous rabat les oreilles à longueur de journée est bien mal nommée : pour être intelligent il faut un corps ! Les machines n'en ont pas et ce qu'on voit surtout c'est la capacité de l'informatique à chasser l'humain de sa propre vie, à en évacuer le sensible au profit du quantitatif. Avec l'IA, l'humain ne serait plus qu'un "bruit" et l'auteur nous alerte sur l'absence de négativité dans le traitement des données. Nous pouvons retenir cet aspect de la démocratie qui est de "composer de façon conflictuelle avec l'autre". Ce que nous faisons chaque mois sur le QUAI !

(Pêche de Gilbert CONIL / Décembre 2019)

Jeannette BOUGRAB (2017), Lettre d'exil, Cerf (216 pages)

Ce livre est bouleversant... Les faits sont implacables et la réflexion tellement salutaire. Jeannette Bougrab nous embarque pour une prise de conscience et nous apporte une connaissance d’une réalité qui ne peut être ignorée : «Moi, j’ai choisi mon camp depuis longtemps, celui de la République avec son triptyque : liberté, égalité, laïcité». Arriverons-nous comme elle le souhaite à contrer cet «empire du déni» ? C’est ce qu’elle propose, ce qu’elle nous dit « sans langue de bois ». Elle connaît son sujet et sait de quoi elle parle. Jeannette nous donne à lire et à réfléchir sur son analyse courageuse de la menace. «C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal» dit Hannah Arendt (citée par Jeannette).

(Pêche d'Élisabeth BILLIOQUE / novembre 2019)

Anne DUFOURMANTELLE (2013), Puissance de la douceur, Payot, Coll. Manuels Payot (143 pages)

Ce livre est écrit comme une courte méditation, en brefs chapitres que l'on peut lire et ouvrir sans une unité. On peut musarder à l'intérieur, y flâner comme on traverse un jardin. La douceur est une énigme. Incluse dans un double mouvement d'accueil et de don, elle apparaît à la lisière des passages que naissance et mort signent. Parce qu'elle a ses degrés d'intensité, parce qu'elle a une force symbolique et un pouvoir de transformation sur les êtres et les choses, elle est une puissance.

(Pêche de Noëlle ROCCHI / 25 juin 2020)

Annie ERNAUX (2020), Monsieur le Président, Gallimard, coll. Tracts (4 pages)

Dans la situation actuelle, Gallimard édite dans sa collection Tracts des "Tracts de crise". Des textes très courts et en accès gratuit. Est ainsi publié la lettre au Président de la République dans le style de la chanson de Boris Vian Le Déserteur. L'auteure interpelle Macron sur les Services publics qui n'étaient rien hier et qui sont tout aujourd'hui. Elle met en garde dans ce temps de bouleversement : "C'est un temps propice à la réflexion, aux interrogations, un temps pour imaginer un autre monde". Cette alerte est certainement plus destinée au public quand elle affirme avec force que nous ne voulons plus de ce monde dont l'épidémie révèle les inégalités criantes.
La lettre a été lue par Augustin Trapenard sur France Inter le 30 mars 2020.

(Pêche de Gilbert CONIL / 4 avril 2020)

Cyntia FLEURY (2019), Le soin est un humanisme, Gallimard, collection Tracts (43 pages)

Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, Cyntia Fleury nous livre dans cette nouvelle collection Gallimard un texte tiré de la leçon inaugurale à la Chaire "Humanités et santé" de l'Hôpital GHU de Paris. Habituée des interventions claires et adaptées à l'auditoire dans la presse comme à la radio, l'auteure définit ce qu'est l'humanisme en rappelant cette antique question : comment pourrais-je gouverner autrui si je ne sais pas me gouverner ? La leçon est facile à suivre et convaincante. Comment ne pas entendre cette formule selon laquelle le soin est la seule manière d'habiter le monde ? Cette adresse devrait faire écho à toutes celles et tous ceux qui se questionnent sur la relation quand le visage de l'autre doit rester une inspiration pour le sujet.

(pêche de Gilbert CONIL / juin 2019)

Yuval Noah HARARI (2015), Sapiens, Une brève histoire de l'humanité, Albin Michel, (512 pages).

Je vous recommande vivement la lecture de cette puissante et étonnante idée « brève histoire . . . . » remplie de connaissances culturelles inattendues !

Réflexion passionnante d’un historien contemporain sur notre histoire, celle de l’humanité.
«  Chaque point de l’histoire est-il un carrefour ? . . . » comme l’auteur nous entraîne à le penser.
«  . . . Si une seule route empruntée, mène celle du passé au présent, 
d’innombrables embranchements conduisent au futur. »
  • Une réflexion sur le genre, l’espèce / les espèces ?
  • Une proposition pour notre évolution ?
  • Quel fut le rôle d’une révolution cognitive ?
  • Comment appréhender les processus culturels ?
  • Se soucie t-on des bénéfices pour l’humanité ?
  • Que savons nous et que comprenons nous ?
«  La seule chose que nous puissions faire, c’est influencer la direction que nous prenons . . . Que voulons nous vouloir ? »
(Pêche d'Élisabeth BILLIOQUE / août 2019)

 

HULOT Nicolas, LENOIR Frédéric (2020), D’un monde à l’autre, Le temps des conscience, Éditions Fayard, (348 pages)

Ce livre est le fruit du partage des réflexions et des expériences de Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir.

Tous deux souhaitant que ce dialogue contribue modestement à la conversion de notre esprit et de nos modes de vie en passant par une révolution des consciences.

Un autre monde doit s'ouvrir, fondé sur l'humilité, la sobriété et le partage.

(Pêche de Noëlle ROCCHI / 23 octobre 2020)

Christopher LASCH (2010), La révolte des élites et la trahison de la démocratie, Flammarion (269 pages).

Ce livre testament de Christopher LASCH, est une lecture éclairante. Il alimente mon espoir et mes inquiétudes…La révolte des élites, dénoue l‘état gordien du monde ! Ils rêvaient ‘’ d’un nouveau monde, pour un monde nouveau,  « nouvelle frontière, terre promise» de ces hommes en quête, quelque soit leur condition, où chacun se sentirait l’égal de chacun. Mais, cet espoir s’est liquéfié… Cet essai nous livre les tenants et aboutissants d’une inégalité économique et sociale démesurée celle de l’homme moderne, né avec Galilée et Descartes. La démocratie a-t’elle un avenir ? Toute honte bue, quid de notre marge de manœuvre et des limites que nous pouvons exercer sur le monde naturel ?

(Pêche de Jacques CULLIER / mars 2019)

Frédéric MARTEL (2019), Sodoma, Robert Laffont, (638 pages).

 Sodoma est une enquête extrêmement fouillée et documentée sur l'homosexualité qui règne au sein du Vatican touchant tous les niveaux de la hiérarchie catholique, du cardinal au simple séminariste. L'auteur a enquêté pendant quatre ans dans 30 pays et auprès de 1500 personnes. Il brosse un tableau de la vie sexuelle de ces hommes et de toutes les turpitudes qui y sont associées : pressions sur les moins gradés, recours à la prostitution pédophile, corruption au plus haut niveau de la hiérarchie...sans jamais porter de jugement. Au fil des pages on va de stupéfaction en incrédulité. C'est une enquête édifiante sur un système opaque qui a protégé jusqu'il y a peu des exactions inimaginables.

(Pêche de Brigitte SEYDEN/ août 2019)

Edwin PLENEL (2018), La valeur de l'information, Éditions Don Quichotte/Seuil, (225 pages).

Mediapart prône un journalisme d'investigation et fort de ses 100 000 abonnés peut se passer de publicité ou/et d'être aux mains des industriels comme la quasi totalité de la presse française. Pour ses dix années d'existence, un ensemble d'articles rappelle le combat pour une presse libre des influences et de la corruption. L'analyse de Plenel permet de comprendre qu'une presse gratuite n'a pas de sens quand la production d'une information par des gens de métier nécessite du travail. La connaissance produite permet de réfléchir à bien des secteurs en crise....

(Pêche de Gilbert CONIL / août 2019)

Michel SERRES (2017), Le gaucher boiteux, Puissance de la pensée, Le Pommier (256 pages).

Michel Serres en quelques mots - « impossible » !

Le penseur rejoint Descartes, Leibniz, il est de leur lignée. Celle de la philosophie en langue française, ceux-là endurèrent exil et condamnation et repoussèrent les idées dominantes…

Malicieux il révèle les fractures, toutes le fractures…

Optimiste, il veut les réduire…

Français il est universel - toujours en mouvement, comme l’homme qui marche et va courir. Il cherche le lien entre les sciences « molles » et les sciences « dures », ce passage du nord-ouest pour ce gaucher boiteux existe… Et nous voilà ragaillardi par son amour de tous les vivants.

Pressent-il que ce passage existe ? Alors, il est partant pour le voyage et nous avec lui. Il nous dit : «  le grand récit de l’univers » de l’infiniment petit à l’infiniment grand, comme  les astronomes à la recherche de la neuvième planète.

L’humaniste Serres écrit : « Penser, c’est inventer, pas imiter ni copier ».

(Pêche de Jacques CULLIER / septembre 2019)

Barbara STIEGLER (2020), Du cap aux grèves, Récit d’une mobilisation 17 novembre – 5 mars 2020, Verdier Éditions, Coll. La petite jaune (134 pages)

"Il faut s'adapter" de la même auteure avait été présenté en mars 2019 lors du tout premier QUAI (voir magasin/essais). Mais dès sa sortie en janvier, il avait été embarqué en pleine crise des gilets jaunes. Barbara Striegler ne s'est pas contentée des plateaux TV, elle est allée aussi voir ceux qui doivent toujours s'adapter aux logiques néolibérales de 0,1% de la population. Ce texte sincère et précis est la chronique d'une philosophe (elles sont rares !) qui s'engage avec les gilets jaunes puis contre la réforme des retraites. Elle a pris goût aux gens et aux résistances.

(Pêche numérique de Gilbert CONIL / 28 novembre 2020)

Alain SUPIOT (2019), Le travail n'est pas une marchandise, Éditions du Collège de France, (65 pages)

Le discours de clôture d’Alain Supiot au Collège de France, sous-titré Contenu et sens du travail au XXIème siècle, devrait fortement intéresser les travailleurs qui ne manquent pas de se questionner sur les conditions actuelles d’exercice d’un travail. Supiot démontre que le marché de l’emploi est un conte de fée et le travail-marchandise une pure fiction. Cet éminent juriste n’a pas de mal à révéler le mirage d’un ordre « spontané ou naturel du marché ». Il prône donc, à l’image de ce qui a pu être fait dans le passé, pour une régulation sociale afin stopper une course mortelle pour la Terre comme d’un usage inhumain des êtres humains.

(Pêche de Gilbert CONIL / octobre 2019)

Stefan ZWEIG (2020), Magella, L'homme et son exploit, Robert Laffon (360 pages)

Zweig, un succès qui parle profondément d’un malaise pérène dans la civilisation, d’une difficulté chronique de l’existence moderne, privée de Dieux et de héros, d‘élan épique, minée par les menaces de dissolution, les aliénations invisibles. Sans vergogne, nous sommes ! Gavés, les yeux dans la gamelle, sans rêve inaccessible, d’ailleurs, nous le jugeons inutile. Agenouillés devant la force. Et voilà qu’un seul homme animé par son génie et porté par sa passion a montré à tout jamais … pour les siècles des siècles, aux générations à venir que l’utopie est là presque à portée d’étoile.

(Pêche de Jacques CULLIER / 13 juin 2020)