Essais

Jean Christophe BAILLY (2020), Naissance de la phrase, Éditions Nous (80 pages)

Si "Le Bailly" est bien le nom d'un dictionnaire, le "Bailly" proposé à la lecture du QUAI des lecteurs est l'ouvrage dernier né de Jean-Christophe Bailly portant le titre magnifique de Naissance de la phrase. Décliné en 2 textes de conférences, le premier est consacré au langage et à son origine par le biais justement d'un descriptif de rituel de naissance chez les Indiens Tupi-guarani. Surprenant ! Le deuxième texte, abordé aussi à partir d'un modèle - le poème Paterson de William C. William s'ouvre sur l'avant-poème. Musicalité et sens entretissés y font éclosion et pur "jailli" ! En l’occurrence, du pur Bailly ! Ça donne à penser, poétiquement et politiquement.

(Pêche de Laurence HERRGOTT LE BRIS DU REST / 25 juin 2020)

Baptiste DERICQUEBOURG (2020), Le deuil de la littérature, Éditions Allia (110 pages)

Nous pourrions penser que les études universitaires de philosophie ou de littérature apprennent à lire, écrire, penser. Ce philosophe de 33ans convainc rapidement que les jeunes étudiants sont surtout invités à commenter ! Or ce qui est important aujourd’hui, ce n’est pas d’interpréter le monde, c’est de le transformer. Qu’en serait-il de l’agriculture si dès les années 80 comme pour le livre, un prix unique des produits avait été appliqué ? Nous aurions peut-être des épiceries indépendantes comme le réseau des libraires ! L’ouvrage propose une perspective qui va parfaitement au QUAI. La rhétorique comme recherche du sens de l’action.

(Pêche de Gilbert CONIL / 23 octobre 2020)

Caroline FOUREST (2020), Génération offensée, Grasset (162 pages)

Le livre de Caroline Fourest nous alerte face aux tenants d'un nouvel ordre moral, qui sous le prétexte de l'appropriation culturelle vise à censurer des manifestations culturelles, artistiques, sociétales et des comportements jugés dénigrants ou caricaturaux. Ce mouvement né aux USA dans les années 1990 au sein des universités, parti de l'accusation de "blackface" est en train de s'infiltrer dans les facultés françaises, favorisé par la gauche identitaire et l'utilisation des réseaux sociaux. L'auteur liste de façon exhaustive toutes les atteintes à la liberté afin de nous inciter à la vigilance. Un livre d'une absolue nécessité !

(Pêche de Brigitte SEYDEN / 25 mai 2020)

Claude GAGNIÈRE (2019), Pour tout l'or des mots, Robert LAFFONT (1088 pages)

Traits d’esprit, phrases nées de la petite histoire ou de la petite littérature, jeux sur la pointe des mots, poésie fugitives sur la pointe des pieds, acrobaties sur le bout de la langue ou jongleries littéraires. Entrez, mesdames et messieurs ! Le spectacle est permanent !  (Avant-propos de Claude Gagnère).

(Pêche de Jean-Marie PALLEN / novembre 2019)

Jean GIONO (2017), Notes sur l'affaire Dominici, Gallimard, coll. Folio (128 pages)

À Digne-les-Bains en 1952, Jean Giono couvre pour un hebdomadaire le procès de Gaston Dominici qui est accusé de l’assassinat de la famille Drummond. L’incompréhension est permanente entre une justice qui se voudrait rationnelle et le peu nécessaire aux paysans dans une économie de subsistance pour parler comme pour vivre « nous sommes dans un procès de mots ». C’est aussi le procès du temps que personne n’a pris pour s'intéresser à l'histoire des Dominici. L’Essai sur le caractère des personnages qui suit les notes, dit ce qu’il a manqué à tous pour placer les silences et les mots, les gestes et le langage du corps des Dominici dans leur culture pour comprendre cette Provence-là. Les premières pages accessibles sur le site Gallimard dans la collection Blanche vous donneront l’irrésistible envie d’acheter pour 2 euros cette paire de lunettes pour comprendre notre Pays.

(Pêche de Gilbert CONIL / 11 avril 2020)

Delphine HORVILLEUR (2019), Réflexions sur la question antisémite, Grasset (156 pages).

C'est un voyage passionnant à travers les textes rabbiniques auquel nous convie Delphine Horvilleur l'une des trois femmes rabbines de France. En étudiant le sens originel des mots et des noms des personnages de la bible et de la thora elle nous entraine à la découverte des racines de l'antisémitisme et de ses prolongements dans le temps. C'est un texte très documenté et une histoire fascinante dont je suis sortie plus instruite.

(Pêche de Brigitte BARACASSA / mars 2019)

Philippe LANÇON (2019), Chroniques de l'homme d'avant, Éditions Les Échappées (299 pages)

Philippe Lançon, un des survivants du massacre du 7 Janvier 2015 a écrit ces chroniques pour Charlie hebdo entre 2005 et 2015. Ce sont des instantanés qui traitent de sujets aussi variés que Zlatan Ibrahimovic, une exposition sur Ingres, le prix Goncourt de Michel Houellebecq, les costumes qu'un économiste de gauche veut vendre à Barbès sous le métro aérien,ou encore les chaussures des prostituées chinoises de Strasbourg-St Denis.Toutes ces histoires sont l'occasion pour lui de philosopher avec humour et poésie et de nous donner à lire la vie dans ce qu'elle a de pire et de meilleur.

(Pêche de Brigitte SEYDEN / 13 juin 2020)

Clémentine MÉLOIS (2020), Dehors la tempête, Grasset (188 pages)

Les grands éditeurs font la rentrée littéraire en haute-couture. Ils font défiler les livres de rêve en prime time. Ces dehors tapageurs disent peu de notre ordinaire de lecteur. Sauf à lire "la vie dans les livres" de cette jeune auteure. Elle dit ce que nous avons à transmettre au QUAI, bien plus que des conseils et surtout pas nous prendre pour des prescripteurs. Lire, c’est élaborer une bibliothèque à soi, comme expérience de lecture, de la vie. Ce sont des moments, des lieux, un temps, une attention, qu’on cultive pour se vêtir de lumière et dire notre chemin.

(Pêche de Gilbert CONIL / 17 septembre 2020)

Barbara STIEGLER (2019), "Il faut s'adapter", Sur un nouvel impératif politique, Gallimard (336 pages).

D'où vient cette injonction permanente, aussi bien au travail que dans nos vies quotidiennes, de nous adapter, de mobilité, de concurrence de tous contre tous ? Comment expliquer cette colonisation impérative d'une "strat-up France" ? L'auteure analyse les fondements du libéralisme de Smith à Spencer, du néo-libéralisme par Lippmann pour retrouver les sources de ces dogmes. Elle propose une alternative avec le pragmatisme d'un autre auteur américain John Dewey. Une voie démocratique et éducative pour échapper à la tyrannie des experts traduite par l'inscription au fronton de l'exposition universelle de Chicago en 1932 : "La science invente, l'industrie applique, l'homme se soumet."

(Pêche de Gilbert CONIL / mars 2019)

 Adèle VAN REETH (2020), La vie ordinaire, Gallimard (187 pages)

Ce livre ne réserve pas la philosophie à un entre-soi, l’art de la sagesse à une élite. Adèle Van Reeth propose de philosopher à partir de l’intime, au plus près des contradictions quotidiennes. Elle revisite son ordinaire principalement d’Émerson à Rosset. Cette coquetterie de journaliste va du réel aux concepts. Un mouvement autrement outillé a proposé une logique du réel au concret. Cette voie permettrait aujourd’hui de produire du sens et des connaissances avec la population et non à partir de statistiques. Cette impulsion démocratique passe par le corps et les mains, et des milieux animés par un désir de transformation.

(Pêche de Gilbert CONIL / 13 juin 2020)

Simone WEIL (2014-1941), L'Iliade ou le poème de la force, Éditions de l'Éclat (96 pages)

Les écrits humanistes laissent à penser, comme au fond de la conscience humaine, que le sens de la grandeur humaine est un but. Pour certains une conquête… Un effort, chaque jour renouvelé, auquel un homme digne de ce nom, aurait écrit Camus, doit consacrer toutes ses forces. L’auteur qui assura la beauté ultime de l’Iliade d’Homère est Simone Weil, la philosophe. 24 Chants, 15 693 vers pour un essai poétique où l’émotion vous étreint.

Avec Homère le « je » de l’écrivain disparaît. L’Iliade poème de la force, nous parle à travers les siècles, presque trente, de l’homme agenouillé devant la force, et au final de résistance.

La force « Devant quoi la chair des hommes se rétracte ». Mais laissez la beauté vous prendre à la gorge !

(Pêche de Jacques CULLIER / 25 mai 2020)